Lorsqu’un agent public est victime d’un accident de service ou d’une maladie professionnelle, il peut se voir reconnaître une incapacité permanente partielle (IPP). Ce taux est déterminant : il conditionne l’accès à une rente viagère d’invalidité, à une allocation temporaire d’invalidité (ATI) ou à d’autres droits statutaires. Comprendre comment ce taux est évalué est essentiel pour faire valoir vos droits.

1. Qu’est-ce que le taux d’incapacité permanente ?

Le taux d’incapacité permanente mesure la réduction définitive des capacités physiques ou mentales d’un agent à la suite d’un accident de service ou d’une maladie professionnelle reconnue. Il s’exprime en pourcentage, de 0 % à 100 %, et traduit l’importance des séquelles conservées après consolidation de l’état de santé.

La consolidation est le moment à partir duquel l’état de santé de l’agent est stabilisé : les lésions ne sont plus susceptibles d’évoluer à court terme, ce qui permet de fixer définitivement le taux d’IPP.

Ce taux est distinct de la notion d’invalidité au sens des pensions civiles et militaires, même si les deux notions peuvent se croiser dans la gestion de carrière de l’agent.

2. Qui procède à l’évaluation ?

L’évaluation du taux d’incapacité permanente n’est pas réalisée par l’administration employeuse elle-même, mais fait intervenir plusieurs acteurs :

  • Le médecin agréé : médecin indépendant mandaté par l’administration pour examiner l’agent et émettre un avis médical sur les séquelles.
  • La commission de réforme : instance consultative pluridisciplinaire (médecins, représentants de l’administration et du personnel) qui émet un avis sur le taux proposé. Son rôle est consultatif mais son avis est souvent suivi par l’administration.
  • L’autorité administrative compétente : c’est elle qui prend la décision finale de fixation du taux, sous le contrôle du juge administratif en cas de litige.

Depuis la réforme introduite par la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 (loi de transformation de la fonction publique), le rôle des comités médicaux et commissions de réforme a été profondément remanié. Un conseil médical unique les a remplacés, dans les trois versants de la fonction publique.

3. Sur quelle base est calculé le taux ?

Le taux d’incapacité permanente est calculé à partir de barèmes indicatifs qui évaluent chaque type de séquelle selon sa nature et son degré de gravité. En droit de la fonction publique, on se réfère principalement au barème indicatif prévu à l’annexe 2-4 du Code de la sécurité sociale, applicable par analogie.

Les éléments pris en compte pour fixer le taux sont :

  • La nature des séquelles (physiques, psychiques, sensorielles).
  • Le degré d’atteinte fonctionnelle (perte partielle ou totale d’un membre, d’un organe, d’une fonction).
  • L’âge de l’agent au moment de la consolidation.
  • La profession exercée et les répercussions concrètes sur l’exercice des fonctions.
  • Les éventuels troubles associés (douleurs chroniques, limitations de mobilité, préjudice esthétique, etc.).

Le barème donne une fourchette et non un taux figé : le médecin et le conseil médical disposent d’une marge d’appréciation pour moduler le taux à l’intérieur de cette fourchette, en fonction de la situation particulière de l’agent.

4. Les seuils d’incapacité et leurs conséquences statutaires

Le taux retenu a des conséquences directes sur les droits de l’agent. Le tableau ci-dessous récapitule les principaux seuils et les droits associés :

Taux d’IPP reconnu Versant de la fonction publique Droit ou prestation associée
Au moins 10 % Fonction publique d’État (FPE) Allocation temporaire d’invalidité (ATI)
Au moins 10 % Fonction publique territoriale (FPT) Allocation temporaire d’invalidité (ATI)
Au moins 10 % Fonction publique hospitalière (FPH) Indemnité en capital ou rente (CNRACL)
Entre 10 % et 60 % Tous versants Rente viagère d’invalidité (en cas de mise à la retraite pour invalidité)
Égal ou supérieur à 60 % Tous versants Majoration pour tierce personne possible (MTP)
100 % Tous versants Incapacité totale permanente – droits maximaux

Note : les seuils et modalités peuvent varier selon le statut de l’agent (titulaire, contractuel, stagiaire) et le régime de retraite applicable (CNRACL, SRE, régime général).

5. La procédure d’évaluation étape par étape

La fixation du taux d’IPP suit une procédure encadrée par des textes réglementaires. Voici les grandes étapes :

  • Étape 1 – Déclaration de consolidation : le médecin traitant ou le médecin agréé constate que l’état de santé de l’agent est consolidé et indique la date de consolidation.
  • Étape 2 – Examen par le médecin agréé : l’administration mandate un médecin agréé qui examine l’agent, consulte le dossier médical et propose un taux d’IPP.
  • Étape 3 – Saisine du conseil médical : le dossier est soumis au conseil médical compétent (en formation restreinte ou plénière selon les cas), qui émet un avis motivé.
  • Étape 4 – Décision administrative : l’autorité compétente (ministère, collectivité, établissement hospitalier) prend un arrêté ou une décision fixant officiellement le taux d’IPP.
  • Étape 5 – Notification à l’agent : la décision est notifiée à l’agent avec les voies et délais de recours.

À chaque étape, l’agent a le droit d’être assisté par un médecin de son choix et peut demander communication de l’ensemble des pièces médicales de son dossier.

6. Comment contester un taux d’IPP insuffisant ?

Un taux d’IPP mal évalué peut priver l’agent de droits significatifs. Si vous estimez que le taux retenu ne reflète pas la réalité de vos séquelles, plusieurs voies de recours s’offrent à vous :

  • Le recours gracieux : adressé à l’autorité qui a pris la décision, dans un délai de 2 mois à compter de la notification. C’est souvent une première étape utile pour obtenir un réexamen du dossier.
  • Le recours hiérarchique : adressé au supérieur hiérarchique de l’autorité auteur de la décision.
  • Le recours contentieux devant le tribunal administratif : recours en excès de pouvoir visant à faire annuler la décision fixant le taux. Le tribunal peut ordonner une expertise médicale judiciaire pour contre-expertiser le taux.
  • La contre-expertise médicale dans la fonction publique : vous pouvez faire examiner votre dossier par un médecin spécialiste indépendant dont le rapport pourra être produit en justice.

Il est fortement recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit de la fonction publique dès la notification de la décision, afin de ne pas laisser courir les délais de recours et de préparer un dossier solide. Le cabinet Carluis est en mesure de vous accompagner.

Agents publics et fonctionnaires

Intervenant dans la France entière, Charles Carluis, avocat de référence en matière de reconnaissance et d’indemnisation des accidents de service et des maladies professionnelles, vous défend.

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FAQ  : Questions fréquentes sur le taux d’incapacité permanente des agents publics

 

Quelle est la différence entre l’IPP et l’invalidité dans la fonction publique ?

L’incapacité permanente partielle (IPP) mesure les séquelles d’un accident de service ou d’une maladie professionnelle et ouvre droit à des prestations indemnitaires (ATI, rente). L’invalidité est une notion plus large qui peut résulter de toute cause (pas nécessairement un accident de service) et qui conditionne la mise à la retraite pour invalidité et l’attribution d’une pension d’invalidité.

À partir de quel taux d’IPP puis-je bénéficier d’une allocation temporaire d’invalidité ?

Pour les fonctionnaires de l’État et territoriaux, le seuil est fixé à 10 %. En dessous de ce taux, aucune ATI n’est versée, même si des séquelles sont constatées.

Le taux d’IPP peut-il être révisé après sa fixation ?

Oui. Si l’état de santé de l’agent s’aggrave de manière significative, il est possible de demander une révision du taux d’IPP. À l’inverse, en cas d’amélioration constatée, l’administration peut également demander une révision à la baisse. La révision suit une procédure similaire à celle de la fixation initiale.

Quel est le délai pour contester un taux d’IPP ?

Le délai de droit commun est de 2 mois à compter de la notification de la décision. Ce délai peut être interrompu par un recours gracieux ou hiérarchique. Passé ce délai, la décision devient définitive et ne peut plus être contestée (sauf en cas de vice de procédure grave).

Un contractuel peut-il bénéficier d’une reconnaissance d’IPP ?

Les agents contractuels de droit public relèvent généralement du régime général de la sécurité sociale et de la réglementation des accidents du travail / maladies professionnelles applicable aux salariés du secteur privé, avec évaluation du taux d’IPP selon les règles de la CPAM. Les règles décrites dans cet article concernent principalement les fonctionnaires titulaires.