Lorsqu’un agent public est victime d’une maladie professionnelle ou d’un accident de service, la question du maintien de sa rémunération devient primordiale. Contrairement aux idées reçues, tous les éléments de salaire ne sont pas systématiquement conservés. Cet article présente vos droits en matière de traitement indiciaire et de primes durant votre congé pour maladie imputable au service.

Réponse courte : oui… mais pas toujours tout

La réponse à la question du maintien de la rémunération en cas de maladie professionnelle n’est pas uniforme. Plusieurs facteurs entrent en jeu :

  • Le traitement indiciaire est normalement maintenu intégralement pendant toute la durée du congé pour maladie imputable au service
  • Les primes et indemnités connaissent une situation beaucoup plus variable selon leur nature juridique
  • Le maintien dépend du type de congé accordé (maladie ordinaire, maladie professionnelle, accident de service)
  • Les règles peuvent varier selon les délibérations de la collectivité ou les textes propres à chaque administration

Il est donc essentiel de bien identifier la qualification de votre arrêt de travail et de connaître les règles spécifiques applicables dans votre administration pour évaluer précisément vos droits.

Quelle est la différence entre maladie professionnelle et congé maladie « classique » ?

Tous les congés de maladie ne se valent pas dans la fonction publique. Le régime d’indemnisation varie considérablement selon la nature de l’affection :

  • Le congé maladie ordinaire (CMO) obéit à des règles strictes avec application d’un jour de carence et passage progressif au demi-traitement ;
  • Le congé pour maladie imputable au service bénéficie d’un régime nettement plus protecteur sans jour de carence et avec maintien du plein traitement ;
  • L’accident de service suit la même logique d’indemnisation favorable que la maladie professionnelle.

Pour bien comprendre ces différences, voici un tableau comparatif des trois principaux types de congés :

Type de congé Jour de carence Traitement indiciaire Durée au plein traitement Passage au demi-traitement
Congé maladie ordinaire (CMO) 1 jour Maintenu puis réduit 3 mois (puis 9 mois maximum) Oui, après 3 mois
Congé pour maladie imputable au service Aucun Maintenu intégralement Toute la durée du congé Non (sauf épuisement des droits)
Accident de service Aucun Maintenu intégralement Toute la durée du congé Non (sauf épuisement des droits)

Cette distinction fondamentale explique pourquoi il est si important de faire reconnaître l’imputabilité au service de votre maladie ou accident. Les enjeux financiers peuvent être considérables, particulièrement en cas d’arrêt prolongé. Le cabinet Carluis, avocat fonction publique, est en mesure de vous accompagner dans cette démarche.

Le traitement indiciaire est-il maintenu ?

La réponse est oui pour le traitement indiciaire en cas de maladie professionnelle ou d’accident de service. Voici les règles précises :

  • Maintien du plein traitement : votre traitement indiciaire (salaire de base calculé sur votre indice) est intégralement conservé dès le premier jour d’arrêt ;
  • Aucun jour de carence : contrairement au congé maladie ordinaire, il n’y a pas de retenue sur salaire pour le premier jour d’absence ;
  • Pas de passage au demi-traitement : vous conservez 100% de votre traitement indiciaire pendant toute la durée du congé pour maladie imputable au service, quelle que soit sa durée ;
  • Durée : ce maintien intégral s’applique pendant toute la période où vous êtes placé en congé pour maladie professionnelle, tant que votre état de santé le justifie.

Attention toutefois : dans certains cas particuliers (notamment en cas d’épuisement complet des droits statutaires ou de passages répétés en congé de longue maladie/longue durée), des règles spécifiques peuvent s’appliquer.

Les primes sont-elles maintenues ?

Le maintien des primes et indemnités n’obéit pas à une règle unique. Tout dépend de la nature juridique de chaque prime.

Les primes automatiquement maintenues

Certaines primes sont obligatoirement maintenues pendant votre congé pour maladie imputable au service :

  • L’indemnité de résidence : cette indemnité liée à votre lieu de travail continue d’être versée ;
  • Le supplément familial de traitement (SFT) : vos droits familiaux sont préservés intégralement ;
  • Les primes statutaires liées au grade : les primes attachées à votre statut et non à votre présence effective sont maintenues ;
  • La garantie individuelle du pouvoir d’achat (GIPA) : si vous y avez droit, elle reste acquise.

Les primes parfois suspendues

D’autres primes peuvent être maintenues ou suspendues selon les délibérations de votre collectivité ou les règles propres à votre administration :

  • Le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l’expertise et de l’engagement professionnel (RIFSEEP) : certaines collectivités maintiennent l’intégralité, d’autres seulement une partie ;
  • Les indemnités forfaitaires pour travaux supplémentaires (IFTS) : leur maintien dépend des décisions locales ;
  • La nouvelle bonification indiciaire (NBI) : généralement maintenue mais peut varier selon les employeurs ;
  • Les primes spécifiques à certains corps (police municipale, sapeurs-pompiers, etc.) : à vérifier au cas par cas.

Il est donc impératif de consulter les délibérations de votre collectivité ou les circulaires ministérielles applicables à votre corps pour connaître précisément vos droits.

Les primes liées à la présence effective

Enfin, certaines primes sont systématiquement suspendues car elles sont par nature liées à la présence physique au service :

  • Les heures supplémentaires : vous ne pouvez pas percevoir de rémunération pour des heures non effectuées ;
  • Les primes de dimanche et jours fériés : elles rémunèrent un travail effectif ;
  • Les indemnités pour travail de nuit : elles disparaissent en l’absence de service effectué ;
  • Les primes d’astreinte : vous ne pouvez être d’astreinte si vous êtes en arrêt maladie ;
  • Les vacations ou indemnités de mission : leur versement cesse en l’absence d’activité.

Cette distinction entre les différentes catégories de primes peut avoir un impact financier significatif sur votre rémunération mensuelle, particulièrement si votre régime indemnitaire représente une part importante de votre salaire.

Combien de temps dure le maintien de rémunération ?

La durée du maintien de votre rémunération en cas de maladie professionnelle dépend de plusieurs facteurs :

  • Durée du congé imputable au service : tant que vous êtes placé en congé pour maladie professionnelle ou accident de service, votre traitement indiciaire est maintenu à 100%. Il n’existe pas de durée maximale prédéfinie ;
  • Renouvellements et prolongations : votre congé peut être prolongé sur avis du comité médical ou de la commission de réforme, et le maintien du traitement suit ces prolongations ;
  • Temps partiel thérapeutique : si vous reprenez à temps partiel dans le cadre d’un mi-temps thérapeutique, vous conservez l’intégralité de votre rémunération malgré la réduction de votre temps de travail ;
  • Rechute : en cas de rechute d’une maladie professionnelle reconnue, vous bénéficiez à nouveau du régime protecteur dès lors que l’imputabilité au service est établie.

À noter que si votre état de santé ne s’améliore pas et que vous êtes reconnu inapte définitif, d’autres dispositifs peuvent prendre le relais (reclassement, retraite pour invalidité, allocation d’invalidité temporaire).
Dans tous les cas, il est essentiel de bien suivre les procédures médicales obligatoires (contrôles médicaux, commissions de réforme) et de constituer un dossier solide pour préserver vos droits à rémunération.

 

Agents publics et fonctionnaires

Intervenant dans la France entière, Charles Carluis, avocat de référence en matière de reconnaissance et d’indemnisation des accidents de service et des maladies professionnelles, vous défend.

Téléphone :  02 78 77 63 39

Questions fréquentes (FAQ)

 

Y a-t-il un jour de carence en cas de maladie professionnelle ?

Non, il n’y a aucun jour de carence pour un congé accordé au titre d’une maladie imputable au service ou d’un accident de service. Vous êtes rémunéré dès le premier jour d’arrêt, contrairement au congé maladie ordinaire qui prévoit un jour de carence.

Puis-je cumuler une allocation de l’Assurance Maladie et mon traitement ?

Non, les agents publics en congé de maladie ne perçoivent pas d’indemnités journalières de la Sécurité sociale comme les salariés du privé. C’est votre employeur public qui maintient directement votre rémunération selon les règles statutaires applicables.

Comment faire reconnaître l’imputabilité au service de ma maladie ?

Vous devez formuler une demande écrite auprès de votre administration en exposant les circonstances et en fournissant un certificat médical détaillé. Votre dossier sera examiné par le comité médical puis par la commission de réforme qui rendra un avis. L’administration prend ensuite la décision finale. Il est fortement conseillé de se faire accompagner par un avocat en droit de la fonction publique. Prendre RDV en ligne.

Que se passe-t-il si mon administration refuse de reconnaître l’imputabilité ?

En cas de refus, vous disposez d’un délai de deux mois pour contester cette décision. Vous pouvez exercer un recours gracieux auprès de votre administration, puis un recours contentieux devant le tribunal administratif. L’assistance d’un avocat expert en indemnisation des maladies professionnelles dans la fonciton publique est vivement recommandée pour maximiser vos chances de succès.

Combien de temps puis-je rester en congé pour maladie professionnelle ?

Il n’existe pas de durée maximale prédéfinie pour le congé pour maladie imputable au service, contrairement au congé maladie ordinaire. Vous pouvez rester en congé tant que votre état de santé le justifie et que l’imputabilité est reconnue. Des contrôles médicaux réguliers permettent d’évaluer l’évolution de votre état.

Puis-je être licencié pendant un congé pour maladie professionnelle ?

En principe, non. Les agents titulaires bénéficient d’une protection statutaire forte. Toutefois, si après un certain délai (généralement 5 ans de congés de maladie cumulés) vous êtes reconnu définitivement inapte et qu’aucun reclassement n’est possible, une mise à la retraite pour invalidité peut être envisagée. Pour les agents contractuels, les règles sont différentes et moins protectrices.

Le mi-temps thérapeutique est-il rémunéré à 100% ?

Oui, dans le cadre d’un congé pour maladie imputable au service, si vous reprenez à temps partiel pour raison thérapeutique, vous conservez l’intégralité de votre rémunération malgré une durée de travail réduite. Cette mesure vise à favoriser votre réadaptation progressive.

Dois-je prévenir mon employeur d’une rechute ?

Oui, absolument. Toute rechute d’une maladie professionnelle doit être signalée rapidement à votre administration avec un certificat médical. Vous devez suivre la même procédure que pour l’arrêt initial afin de conserver vos droits au maintien de rémunération au titre de l’imputabilité au service.