L’accident survenu sur le chemin du travail peut ouvrir droit, pour l’agent public, à une protection statutaire spécifique : le congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS), le maintien intégral du traitement et la prise en charge des frais médicaux. Encore faut-il que l’accident soit qualifié d’accident de trajet au sens de l’article L. 822-19 du Code général de la fonction publique (CGFP). Cette qualification repose sur deux critères centraux : un itinéraire normal (le parcours habituel) et une durée normale pour l’effectuer. Mais la jurisprudence du Conseil d’État admet de nombreux détours autorisés liés aux nécessités de la vie courante.

Table des matières

Définition légale de l’accident de trajet du fonctionnaire

L’article L. 822-19 du Code général de la fonction publique définit précisément la notion. Est reconnu imputable au service l’accident de trajet dont est victime le fonctionnaire qui se produit :

  • sur le parcours habituel ;
  • entre le lieu où s’accomplit son service et sa résidence ou son lieu de restauration ;
  • pendant la durée normale pour l’effectuer ;
  • sauf si un fait personnel ou une circonstance particulière étrangère aux nécessités de la vie courante est de nature à détacher l’accident du service.

Ce régime s’applique aux trois fonctions publiques : État, territoriale et hospitalière. Contrairement à l’accident de service, l’accident de trajet ne bénéficie pas d’une présomption légale d’imputabilité automatique : il appartient à l’agent d’apporter la preuve que les conditions sont remplies, ou à l’administration de disposer d’éléments suffisants à travers l’enquête. Maître Charles Carluis, avocat expert en accident de service pour les fonctionnaires, est en mesure de vous accompagner.

Le trajet protégé commence dès que l’agent franchit le seuil de son logement. Le Conseil d’État a précisé qu’un accident survenu après que l’agent a quitté son appartement constitue un accident de trajet, même s’il se produit dans les parties communes de l’immeuble d’habitation collectif ou dans l’enceinte de l’ensemble résidentiel. En l’espèce, un agent heurté par la porte automatique du garage collectif où était stationnée sa moto (CE, 27 juin 2025, n° 494081, Min. de l’éducation nationale).

L’itinéraire normal : un trajet habituel, pas forcément le plus court

Contrairement à une idée répandue, le trajet le plus court n’est pas exigé. Le Conseil d’État retient la notion d’itinéraire normal, c’est-à-dire celui que l’agent emprunte habituellement. L’agent doit se trouver « au moment de l’accident sur l’un des itinéraires normaux entre son domicile et son lieu de travail ».

La jurisprudence admet plusieurs hypothèses de variations d’itinéraire sans rupture du lien avec le service :

  • le choix d’un trajet plus long pour éviter un encombrement de la circulation ;
  • le détour involontaire ;
  • l’écart d’itinéraire lié à un covoiturage, notamment entre collègues ;
  • le contournement justifié par les conditions météorologiques ou la sécurité routière.

En revanche, dès lors que le trajet n’est plus habituel, l’agent perd le bénéfice de la présomption d’imputabilité attachée à son parcours habituel. Il devra apporter la justification du détour et le juge appréciera au cas par cas.

Le détour autorisé : les nécessités de la vie courante

L’article L. 822-19 du CGFP exclut l’imputabilité au service uniquement lorsque le détour est étranger aux nécessités de la vie courante. Autrement dit, les détours liés aux actes ordinaires du quotidien sont admis.

La jurisprudence administrative a validé de nombreux détours, parmi lesquels :

  • déposer ou récupérer son enfant à la crèche ou à l’école ;
  • acheter de la nourriture destinée à être consommée sur le lieu de travail ;
  • passer à la pharmacie ou à la Poste pour retirer un courrier ;
  • se rendre à un rendez-vous médical autorisé par le supérieur hiérarchique (mais attention : si l’examen est sans lien avec le service, l’accident peut être détaché).

À l’inverse, sont considérés comme étrangers aux nécessités de la vie courante les détours dictés par un pur intérêt personnel : se rendre chez des amis pour un apéritif, faire un détour touristique, accomplir une démarche sans lien avec la vie quotidienne ordinaire.

Tableau récapitulatif : détours admis et détours exclus

Type de détour Imputabilité au service
Dépose d’un enfant à l’école ou la crèche Oui (admis)
Achat de journaux, pain, courses ponctuelles Oui (admis)
Détour pour éviter un embouteillage Oui (admis)
Assoupissement involontaire dans le train Oui (admis)
Covoiturage avec un collègue Oui (admis)
Détour pour convenance personnelle (loisirs, visite amicale) Non (exclu)
Rendez-vous médical sans lien avec le service Non (exclu)
Faute de conduite grave (alcool, vitesse excessive intentionnelle) Non (exclu)

L’horaire et la durée normale du trajet

L’accident doit survenir pendant la durée normale du trajet, c’est-à-dire dans un créneau horaire cohérent avec les heures habituelles d’arrivée ou de départ.

La jurisprudence admet une certaine souplesse :

  • un léger retard n’exclut pas l’imputabilité (CE, 4 janvier 1985, n° 57465, Choucroun) ;
  • un retard imposé par un retard de train est admis ;
  • une avance d’une heure peut être considérée comme normale pour un agent partant à bicyclette (CE, 17 juin 1977, n° 4100, Cossic) ;
  • l’agent quittant son service en avance avec l’autorisation de sa hiérarchie reste couvert (CE, 17 janvier 2014, M. Lançon, n° 352710).

En revanche, un écart sensible avec les horaires habituels fait tomber la protection. Ainsi, un accident survenu plus de quatre heures après la fermeture du service, sans justification apportée sur l’emploi du temps de l’agent, n’a pas été reconnu imputable (CE, 15 mai 1985, n° 54396).

Les causes d’exclusion : fait personnel et faute détachable

Même lorsque le trajet et l’horaire sont conformes, l’imputabilité peut être écartée en présence d’un fait personnel du fonctionnaire ou d’une circonstance particulière détachant l’accident du service.

Constituent typiquement des causes d’exclusion :

  • une faute de conduite grave caractérisant une imprudence ;
  • la conduite sous l’emprise de l’alcool ayant causé l’accident ;
  • une altercation provoquée par l’agent après l’accident ;
  • l’usage du véhicule à des fins manifestement étrangères au trajet domicile-travail.

À noter : une simple infraction au Code de la route n’emporte pas automatiquement exclusion. Le Conseil d’État adopte une position protectrice : il faut une faute intentionnelle ou d’une gravité telle que l’acte ne peut plus être regardé comme accompli dans le prolongement du service.

Cas particuliers : résidence secondaire, covoiturage, télétravail

La résidence secondaire et la résidence familiale

La résidence au sens de l’article L. 822-19 ne se limite pas au domicile principal. Le parcours entre le lieu de travail et une résidence secondaire peut être protégé à condition qu’elle présente un caractère stable et habituel. Ainsi, la résidence des parents est assimilée à une résidence secondaire pour l’agent qui y retourne régulièrement.

Le lieu de restauration

Le trajet entre le lieu de travail et le lieu où l’agent prend habituellement ses repas (restaurant, cantine, domicile, restaurant administratif) est également protégé, dès lors qu’il y déjeune au moins une fois par semaine.

Le télétravail et l’hébergement provisoire

Le Conseil d’État a étendu la protection au trajet entre la résidence de l’agent et le lieu où il est hébergé provisoirement pour exercer ses fonctions (par exemple en cas de mission). En télétravail, la question reste plus nuancée : l’accident survenant au domicile pendant les heures de télétravail relève en principe de l’accident de service, et non du trajet.

Agents publics et fonctionnaires

Intervenant dans la France entière, Charles Carluis, avocat de référence en matière de reconnaissance et d’indemnisation des accidents de service et des maladies professionnelles, est résolu à défendre vos droits.

 

FAQ : questions fréquentes

Un détour pour déposer son enfant à l’école rompt-il le trajet ?

Non. La jurisprudence considère que le dépôt d’un enfant à l’école ou à la crèche fait partie des nécessités de la vie courante et ne fait pas perdre la qualification d’accident de trajet.

L’accident dans le parking de mon immeuble est-il un accident de trajet ?

Oui. Le Conseil d’État a confirmé qu’un accident survenu dans les espaces communs d’un immeuble collectif, par exemple à la sortie du garage, peut être qualifié d’accident de trajet (CE, 27 juin 2025).

Que se passe-t-il si je suis en retard sur mon horaire habituel ?

Un léger retard n’exclut pas l’imputabilité. Un retard plus important doit être justifié (problème de transport, contraintes familiales, etc.). Au-delà de plusieurs heures sans justification, la qualification est écartée.

Une infraction au Code de la route fait-elle perdre l’imputabilité ?

Pas automatiquement. Seule une faute intentionnelle ou d’une gravité particulière (conduite en état d’ivresse à l’origine de l’accident, vitesse manifestement excessive) est de nature à détacher l’accident du service.

Quel est le délai pour déclarer un accident de trajet ?

L’agent dispose de 15 jours à compter de l’accident pour le déclarer à son administration, et de 48 heures pour transmettre le certificat médical initial.

Quels sont les droits ouverts par un accident de trajet reconnu ?

Le fonctionnaire bénéficie du congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS), du maintien intégral de son traitement, de la prise en charge des frais médicaux liés à l’accident, et le cas échéant d’une allocation temporaire d’invalidité (ATI) ou d’une rente viagère d’invalidité. Une indemnisation pour les préjudices subis peut également être envisagée, contacter un avocat pour une étude perosnnalisée.

Le télétravail change-t-il les règles ?

Oui. Un accident survenant au domicile pendant les heures déclarées de télétravail relève en principe de l’accident de service, et non du trajet.